Revue Française de Psychiatrie et de Psychologie Médicale

N° 88. September 2005
49 pages
   
ISSN 1289-2130
ISSN (online) 2270-7522

 

 

Voir la mort en face

Le samedi 17 novembre 1934 au matin, celui dont Jacques Lacan écrira qu’il fut « son seul maître en psychiatrie », le docteur Gaëtan Gatian de Clérambault, médecin-chef de l’infirmerie spéciale du dépôt, se suicide à son domicile de Malakoff. Les journaux de l’époque, à grand renfort de manchettes en première page, exacerbent l’événement et font éclater une campagne calomnieuse à l’égard du célèbre aliéniste. Certains de ses amis et collègues tentèrent de défendre sa mémoire. Ainsi le Docteur Logre : « Clérambault se suicide. Un aliéniste qui devient fou, quel sujet de drame mystérieux ! […] Nous ne savons pas si le suicide d’un homme normal est un acte de démence ». Il dénonce ainsi l’aura de mystère qui entoure l’infirmerie spéciale et son maître « homme vivant seul, entouré de poupées de cire ». Reste ce qui revient véritablement à Clérambault : la mise en scène de son suicide. Ayant disposé un fauteuil face à un grand miroir, il s’y assoit et se tire une balle dans la bouche. Clérambault n’a cessé d’interroger le travail du regard, en tant que clinicien fulgurant, en particulier descripteur attentif des hallucinations visuelles, mais aussi comme dessinateur, enseignant du drapé aux Beaux-Arts, photographe enfin laissant derrière lui sa fameuses série de clichés de femmes drapées et voilées. C’est ce même Clérambault qui choisit d’achever sa vie, toute entière tournée vers la passion du regard -d’aucuns diraient la jouissance -, dans un ultime face à face dans le miroir.

M. DUCLUZAUX, E. MÈLE, B. LAHUTTE, J.-P. RONDIER
Page(s): 13-15

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